Mieux définir son projet professionnel

Que vous cherchiez votre voie, un stage, un premier emploi ou une nouvelle orientation après plusieurs années d’expérience, la question est la même : que voulez-vous faire, et où pouvez-vous le faire ? Un projet professionnel clair rend tout le reste plus simple. Votre CV devient ciblé, votre lettre de motivation sonne juste, et vous savez répondre en entretien à la question qui déstabilise tant de candidats : « pourquoi nous ? ».

Cet article vous propose une méthode en sept étapes, que vous pouvez suivre à votre rythme. Gardez une idée en tête tout au long du chemin : un projet professionnel n’est jamais figé. Considérez-le comme une hypothèse de travail, que chaque étape vient confirmer, affiner ou remettre en question.

Étape 1 : partir de vos réussites

Lister d’emblée « toutes vos compétences » est un exercice difficile : la plupart des gens sèchent, ou ne citent que des savoir-faire techniques. Il est bien plus efficace de partir de situations concrètes.

Choisissez trois réussites dont vous êtes fier, idéalement dans des domaines différents : votre vie professionnelle, vos études ou formations, votre vie personnelle, sportive ou associative. Une réussite n’a pas besoin d’être spectaculaire. Avoir redressé une situation difficile avec un client, mené à bien un projet d’équipe ou organisé un événement pour votre association en dit souvent plus long qu’une distinction. Pour chacune, répondez à quatre questions : quelle est cette réussite ? Comment l’avez-vous menée ? Quels résultats avez-vous obtenus ? Que dit-elle de vous ?

Extrayez ensuite les compétences mobilisées et rangez-les en trois familles. Les compétences techniques regroupent les savoir-faire propres à un métier : outils, logiciels, méthodes, techniques. Les compétences méthodologiques concernent votre façon de travailler : analyser, organiser, planifier, gérer un projet. Les compétences transversales touchent à la relation et au comportement : communiquer, coopérer, persévérer, s’adapter. Classez-les ensuite de la plus maîtrisée à la moins maîtrisée.

Sollicitez le regard des autres. Vous êtes souvent le plus mal placé pour voir vos propres qualités. Demandez à quelques personnes de confiance (collègues, anciens responsables, formateurs, proches) ce qu’elles perçoivent comme vos points forts et dans quel type de poste elles vous imaginent. Soyez précis dans votre demande, encouragez l’honnêteté, écoutez sans vous justifier et prenez des notes. Vous ferez le tri ensuite, avec du recul.

L’intérêt de cette étape dépasse le projet lui-même : ces réussites, avec leurs preuves concrètes, nourriront votre CV, votre lettre de motivation et vos réponses en entretien.

Étape 2 : mieux vous connaître grâce aux tests

Les tests apportent un regard complémentaire sur ce qui vous intéresse, ce qui vous motive et votre manière de fonctionner. Praxis Accompagnement en propose plusieurs, gratuitement.

Le test d’orientation PraxiMet explore vos intérêts professionnels selon le modèle RIASEC, qui distingue six grandes orientations. Le profil réaliste aime le concret, le terrain, les résultats tangibles. Le profil investigateur est attiré par l’analyse, la compréhension, la résolution de problèmes complexes. Le profil artistique a besoin de créer, d’imaginer, de s’exprimer. Le profil social s’épanouit dans l’aide, l’accompagnement, la transmission. Le profil entreprenant aime convaincre, décider, piloter. Le profil conventionnel apprécie l’organisation, la rigueur, les cadres clairs. Au sein d’un même métier, ces dominantes orientent souvent vers des postes et des environnements très différents.

Le test de valeurs professionnelles identifie ce qui compte le plus pour vous au travail. Vos valeurs pèsent autant que vos intérêts dans le choix d’un employeur : un fort besoin de sécurité oriente plutôt vers une grande organisation ou le secteur public, un goût marqué pour l’autonomie vers une petite structure ou l’indépendance, des valeurs tournées vers le bien commun vers le service public, l’économie sociale ou les métiers de l’environnement.

Le test de personnalité PraxiMum éclaire votre manière d’être et de fonctionner. Il comprend 128 questions qui couvrent cinq grandes dimensions de la personnalité, déclinées en trente facettes, et demande environ douze minutes. Ces cinq dimensions, issues du modèle des Big Five, sont l’ouverture (goût pour la nouveauté et les idées), le caractère consciencieux (organisation, rigueur, persévérance), l’extraversion (besoin de contacts et d’action), l’agréabilité (sens de la coopération et de la bienveillance) et la stabilité émotionnelle (façon de vivre la pression et l’incertitude). Là où PraxiMet vous dit ce que vous aimez faire, PraxiMum vous aide à comprendre comment vous le faites, et dans quel environnement vous serez le plus à l’aise : une forte extraversion s’épanouit dans des fonctions de contact, un caractère très consciencieux dans des postes qui demandent méthode et fiabilité, une grande ouverture dans des contextes qui bougent et qui innovent. Ses facettes sont aussi précieuses pour repérer vos atouts à mettre en avant en entretien, et vos points de vigilance.

Pour aller plus loin, vous pouvez également passer le test d’intelligence émotionnelle PraxiEmo.

Gardez en tête qu’un test est un miroir, pas un verdict. C’est un outil de clarification, qui ne remplace pas un accompagnement humain et ne constitue pas un diagnostic. Il met des mots sur des tendances, il ne vous dit pas qui devenir. Lisez vos résultats en vous demandant ce qui vous ressemble, ce qui vous surprend et ce que vous auriez envie de contester. Croisez aussi les trois tests entre eux : c’est souvent là que les éclairages les plus utiles apparaissent. Partagez enfin vos résultats avec une ou deux personnes qui vous connaissent bien : leur réaction est souvent éclairante.

Vos résultats vous serviront aussi pour candidater. Les tests vous donnent un vocabulaire précis pour parler de vous, ce qui manque à beaucoup de candidats. Dans une lettre de motivation, ils vous aident à identifier les qualités à mettre en avant et à expliquer pourquoi le poste vous correspond : un intérêt marqué pour l’analyse, un fort besoin de sens ou un goût pour le travail en équipe deviennent des arguments quand ils rejoignent les attentes de l’employeur. En entretien de recrutement, ils vous préparent aux questions qui déstabilisent le plus : « parlez-moi de vous », « quelles sont vos qualités et vos points faibles ? », « pourquoi ce poste ? ». Une règle toutefois : ne citez jamais un résultat brut. Écrire « mon profil RIASEC est social-entreprenant » ne dit rien à un recruteur. Traduisez plutôt le trait en qualité, et appuyez-le sur une de vos réussites de l’étape 1 : « J’aime fédérer les gens autour d’un objectif, c’est ce qui m’a permis de mener à bien tel projet. » Le test vous donne les mots, l’exemple apporte la preuve.

Étape 3 : comprendre le fonctionnement du marché du travail

Avant de cibler, il faut comprendre comment les recrutements se passent réellement.

Le marché ouvert et le marché caché. Une partie seulement des recrutements passe par des offres publiées ; le reste se fait par le réseau, les candidatures spontanées et la recommandation. Beaucoup d’employeurs n’ont pas encore formalisé leur besoin, ou préfèrent recruter une personne qui s’est présentée au bon moment avec une démarche ciblée. N’attendez donc pas les offres pour agir.

Des logiques de recrutement différentes. Une collectivité fonctionne avec des procédures, des délais et un calendrier budgétaire. Une PME décide vite, souvent par la voix de son dirigeant, et attend de l’autonomie. Un grand groupe suit un processus formalisé, avec un service RH et parfois des logiciels de tri des candidatures. Une association ou un établissement public recrute souvent au rythme de ses financements. Connaître ces logiques vous permet d’adapter votre démarche et votre calendrier.

Ce qu’un employeur attend d’un nouvel arrivant. Au-delà des compétences techniques, il cherche quelqu’un de fiable, capable d’apprendre vite, de travailler en autonomie, de s’intégrer à une équipe et de rendre compte de son travail. Ces savoir-être pèsent souvent autant que l’expertise, surtout lorsqu’on débute ou qu’on change de métier.

Où s’informer. Les enquêtes de besoins en main-d’œuvre de France Travail, les études de l’Apec et les observatoires de branches donnent une vision d’ensemble des métiers qui recrutent. Mais les sources les plus parlantes restent les offres elles-mêmes et les parcours des professionnels en poste.

Mettez-le en pratique : enquêtez sur trois employeurs. Choisissez trois structures de types différents (par exemple une collectivité ou un organisme public, une PME et un grand groupe) qui emploient des personnes dans le métier qui vous intéresse. Pour chacune, cherchez où elle publie ses offres, si elle accepte les candidatures spontanées (page « nous rejoindre », adresse de contact), ce que l’on devine de sa procédure et de son calendrier, et les compétences et savoir-être qu’elle met en avant. En une heure de recherche, vous saurez comment approcher chacune d’elles, et ces structures pourront rejoindre votre vivier.

Étape 4 : explorer les métiers et les débouchés

Dressez la liste des métiers qui vous attirent, en partant de votre formation, de votre expérience et des résultats des étapes précédentes. Concentrez-vous sur ceux qui correspondent à vos intérêts, à vos compétences et à vos valeurs.

Observez des parcours réels. LinkedIn est un formidable outil d’exploration. Recherchez des personnes qui exercent les métiers qui vous intéressent, ou qui ont suivi la même formation que vous, et observez leur parcours : leur poste, leur employeur, le type de structure, les étapes qui les y ont menées, les compétences qu’ils mettent en avant. Au bout d’une dizaine de profils, des tendances apparaissent.

Analysez trois offres réelles. Choisissez trois offres (stage, alternance ou emploi) qui correspondent au métier visé, idéalement dans des structures différentes. Pour chacune, relevez les missions principales, les compétences techniques demandées (outils, logiciels, méthodes), les compétences méthodologiques, les savoir-être et les mots qui reviennent. Repérez ensuite les compétences présentes dans au moins deux offres sur trois : elles forment le référentiel réel du métier. Confrontez-le à vos propres compétences, identifiées à l’étape 1 : celles que vous possédez déjà, avec une preuve à l’appui, deviendront les mots-clés de votre CV, car les recruteurs et les logiciels de tri les recherchent. Celles qui vous manquent ne sont pas forcément un obstacle : elles vous indiquent ce qu’il faut développer, et se présentent dans une lettre comme des compétences à acquérir, jamais comme des acquis.

Constituez votre vivier. Listez les structures qui correspondent à votre projet et qui pourraient vous accueillir, que ce soit pour un stage, une alternance, un emploi ou une immersion professionnelle.

Approfondissez les pistes qui vous attirent. Pour chaque métier retenu, posez-vous quelques questions. Quelles sont les perspectives d’emploi ? Vous faut-il une formation complémentaire, et laquelle ? Si le métier s’exerce dans la fonction publique, par quelle voie y accède-t-on (concours, contrat) ? Ce choix est-il judicieux au regard du marché du travail et de vos contraintes personnelles ?

Étape 5 : réaliser votre matrice SWOT

La matrice SWOT croise ce que vous savez de vous avec ce que vous avez appris du marché. Elle comporte quatre cases. Vos forces sont les compétences issues de vos réussites et confirmées par votre entourage. Vos faiblesses sont ce qui vous manque par rapport aux profils observés : une compétence, une expérience, une formation. Les opportunités sont ce que le marché vous offre : des secteurs qui recrutent, des métiers en développement, un réseau sur lequel vous appuyer, des dispositifs de formation. Les menaces sont ce qui peut freiner votre projet : la concurrence, les contraintes de mobilité ou de rémunération, l’évolution de certains métiers avec l’automatisation. C’est là qu’intervient le principe de réalité.

Exemple matrice Swot

Une SWOT n’a d’intérêt que si vous en tirez des conclusions. Croisez les cases en vous posant deux questions : quelle force puis-je mettre au service de quelle opportunité ? C’est votre cible. Quelle faiblesse dois-je combler pour l’atteindre ? C’est votre plan de développement, et souvent un excellent argument de motivation.

Étape 6 : construire votre cap

Cet exercice rassemble tout votre travail. Prenez une feuille A3 ou un document divisé en quatre zones, et comptez 30 à 45 minutes.

Moi aujourd’hui. Qui suis-je professionnellement ? Reprenez vos compétences principales, les qualités que les autres reconnaissent en vous, votre façon de travailler (comment vous apprenez, ce qui vous met en énergie, ce qui vous freine) et les expériences marquantes dont vous avez tiré quelque chose.

Ce que je veux construire. Qu’est-ce qui donnera du sens à mon travail ? Ce que vous souhaitez apporter (utilité sociale, innovation, performance, créativité, transmission…), les secteurs qui vous attirent, la mission qui vous permettrait de vous sentir à votre place, et vos valeurs prioritaires.

Mon environnement cible. Dans quel cadre pourrais-je m’épanouir ? Le type d’organisation (entreprise, collectivité, association, jeune entreprise, indépendance), le mode de travail (petite équipe ou structure organisée, autonomie, terrain ou bureau, mobilité, télétravail) et quelques structures concrètes issues de votre vivier.

Mes prochaines actions. Comment avancer dès maintenant ? Mettre à jour votre CV et votre profil LinkedIn, contacter deux ou trois professionnels, cibler cinq structures, repérer un salon ou un événement professionnel, vous renseigner sur une formation. Fixez une date pour chaque action.

Étape 7 : mener des enquêtes professionnelles

Les enquêtes sont l’exercice le plus utile pour affiner un projet, et le plus souvent négligé. Échanger quinze ou vingt minutes avec un professionnel vous apprend ce qu’aucun site ne dit : la réalité du quotidien, les compétences vraiment attendues, les structures qui recrutent. C’est aussi, très concrètement, une porte d’entrée vers le marché caché.

Trouver des interlocuteurs. Utilisez la technique de l’escargot, qui consiste à élargir votre réseau par cercles successifs : vos proches, puis les proches de vos proches, vos anciens collègues et formateurs, et enfin des professionnels repérés sur internet ou sur LinkedIn. À la fin de chaque échange, demandez qui d’autre vous pourriez rencontrer : votre réseau grandit à chaque conversation.

Se présenter. Un message court et précis obtient bien plus de réponses qu’un long texte. Par exemple :

« Bonjour, je réfléchis actuellement à mon projet professionnel et votre parcours m’intéresse beaucoup. Accepteriez-vous d’échanger quinze minutes avec moi, par téléphone ou en visio, pour me parler de votre métier ? Merci d’avance. »

Précisez bien que vous cherchez des conseils, pas un emploi : la démarche est plus confortable pour votre interlocuteur, et c’est souvent ainsi que les opportunités apparaissent.

Les questions à poser. Choisissez-en quelques-unes selon la personne et le temps disponible :

  • Quel a été votre parcours pour arriver à ce poste ?
  • À quoi ressemble une journée ou une semaine type ?
  • Quelles compétences sont indispensables dans votre métier ? Lesquelles font la différence ?
  • Est-il difficile de trouver un emploi dans votre secteur ?
  • Avec un profil comme le mien, qu’est-ce que je devrais mettre en avant ? Qu’est-ce qui me manque ?
  • Une formation complémentaire ou une spécialisation serait-elle un atout ? Laquelle me conseilleriez-vous ?
  • Quelles sont les rémunérations et les perspectives d’évolution ?
  • Comment voyez-vous évoluer votre métier dans les prochaines années ?
  • Connaissez-vous des structures qui recrutent ?
  • Auriez-vous une personne à me recommander pour poursuivre mes recherches ?

Après l’échange. Remerciez votre interlocuteur le jour même par un court message, notez ce que vous avez appris, et gardez le contact : vous pourrez lui donner des nouvelles de votre projet, ou le solliciter à nouveau.

Pour conclure : formuler votre projet

Au terme de ce travail, vous devez être capable de résumer votre projet en quelques phrases : le poste ou le type de mission visé, l’environnement dans lequel vous voulez l’exercer, ce que vous apportez et ce que vous souhaitez développer. Entraînez-vous à le dire en trente secondes, sur ce modèle : « Je souhaite devenir … dans … ; j’apporte … ; pour y parvenir, je vais … »

Si cette phrase sort naturellement et qu’un interlocuteur comprend immédiatement ce que vous cherchez, votre projet est prêt à devenir un CV, une lettre et des candidatures. Et s’il évolue en chemin, au fil des enquêtes et des rencontres, c’est bon signe : c’est qu’il se nourrit de la réalité.