Demandez autour de vous comment les gens ont trouvé leur métier. Vous entendrez rarement « j’avais un plan et je l’ai suivi ». Vous entendrez plutôt : « un ami m’a parlé d’un poste », « j’ai fait un remplacement et je suis resté », « j’ai rencontré quelqu’un lors d’une formation ». Les carrières sont pleines d’imprévus. Un courant de recherche en orientation a pris ce constat au sérieux et en a tiré une idée utile : le hasard ne se prévoit pas, mais il se prépare.

Le hasard planifié : d’où vient l’idée

À la fin des années 1990, le chercheur américain John Krumboltz et ses collègues Kathleen Mitchell et Al Levin ont proposé la notion de « planned happenstance », que l’on traduit par hasard planifié. Leur constat : une part importante des trajectoires professionnelles repose sur des événements imprévus. Plutôt que de le regretter, ils proposent d’en faire un levier.

L’idée n’est pas de laisser faire le hasard. Elle est de multiplier les occasions de rencontrer des opportunités, et de développer les attitudes qui permettent de les saisir quand elles se présentent.

Les cinq compétences du hasard planifié

Krumboltz et ses collègues identifient cinq attitudes qui aident à transformer l’imprévu en opportunité :

Compétence Ce que c’est Comment l’exercer
Curiosité Explorer de nouvelles occasions d’apprendre Assister à une conférence hors de votre domaine, suivre une formation courte, lire sur un métier inconnu
Persévérance Continuer malgré les obstacles Relancer un contact, retenter une démarche qui n’a pas abouti
Flexibilité Accepter de changer d’attitude et de plan Réviser une piste quand la réalité la contredit
Optimisme Considérer les nouvelles occasions comme possibles et atteignables Répondre à une opportunité au lieu de chercher d’abord pourquoi elle ne marchera pas
Prise de risque Agir malgré l’incertitude du résultat Postuler sans cocher toutes les cases, proposer un projet, demander un rendez-vous

Ces cinq attitudes ne sont pas des traits de caractère figés. Elles s’entraînent.

Ce que cela change pour une reconversion

1. Il n’est pas nécessaire d’avoir « trouvé sa voie » pour avancer. Beaucoup de personnes attendent une révélation avant d’agir. Le hasard planifié propose l’inverse : agir pour que les pistes apparaissent. On ne découvre pas un métier en y pensant, mais en s’en approchant.

2. L’indécision n’est pas un défaut. Ne pas savoir encore ce que l’on veut peut être une position d’ouverture, à condition de ne pas rester immobile. Krumboltz parle d’« ouverture d’esprit » plutôt que d’indécision.

3. Le plan reste utile, mais il doit rester souple. Un projet professionnel n’est pas un itinéraire fixé une fois pour toutes. C’est une direction, que l’on ajuste à mesure que l’on apprend.

Un lien avec la théorie du tâtonnement

Cette approche rejoint une idée que nous développons dans notre article sur la théorie du tâtonnement dans le cadre du bilan de compétences : on construit son orientation par essais, ajustements et retours d’expérience, bien plus que par une décision unique prise en chambre. Le hasard planifié ajoute une dimension : il ne suffit pas de tâtonner, il faut aussi élargir le terrain sur lequel on tâtonne.

D’autres chercheurs, comme Robert Pryor et Jim Bright avec leur « théorie du chaos des carrières », ont prolongé cette réflexion : les parcours professionnels sont des systèmes complexes, sensibles aux petits événements. Raison de plus pour cultiver les occasions plutôt que de chercher à tout contrôler.

Six façons concrètes de provoquer le hasard

  1. Parler de votre projet. Tant que votre réflexion reste dans votre tête, personne ne peut vous signaler une opportunité. Dites autour de vous que vous explorez de nouvelles pistes.
  2. Mener des enquêtes métiers. Chaque rencontre avec un professionnel ouvre des portes : un conseil, un autre contact, parfois une proposition.
  3. Tester en petit. Une journée d’immersion, du bénévolat, une mission courte, un projet personnel : autant de façons de découvrir un métier sans tout risquer.
  4. Sortir de votre milieu habituel. Salons, événements professionnels, associations, formations courtes : c’est souvent en dehors de son cercle que l’imprévu surgit.
  5. Dire oui plus souvent. À une invitation, une réunion, une demande d’aide. Sans vous épuiser, mais en acceptant de ne pas tout filtrer à l’avance.
  6. Tenir un journal des opportunités. Notez chaque rencontre, chaque idée, chaque proposition. Relu quelques semaines plus tard, ce journal révèle souvent des pistes qu’on n’avait pas vues.

Les limites du hasard planifié

Soyons honnêtes : tout le monde n’a pas les mêmes occasions. Le réseau, la disponibilité, la situation financière, la mobilité ne sont pas également répartis. Le hasard planifié n’est pas une formule magique, et il ne remplace pas une réflexion sur ses compétences, ses valeurs et ses contraintes. Il la complète.

Il ne s’agit pas non plus de papillonner d’une opportunité à l’autre. Les occasions saisies doivent être ramenées à une question centrale : est-ce que cela me rapproche d’un travail qui me correspond ?

Comment le bilan de compétences intègre cette approche

Un bilan bien mené combine les deux dimensions : un travail de fond pour comprendre ce qui compte pour vous, et un travail de terrain pour multiplier les rencontres et vérifier les pistes. Les enquêtes métiers, les recherches, les échanges avec des professionnels sont autant d’occasions de laisser l’imprévu jouer son rôle, dans un cadre structuré.

Pour aller plus loin, lisez 5 astuces pour réussir sa reconversion.

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