Le courrier arrive quinze jours après le passage devant le jury. Il tient en quelques lignes administratives, et il contient un mot que vous n’aviez pas envisagé : partielle. Ou pire, rien du tout — une non-validation.

Deux ans de travail, parfois trois. Des soirées et des week-ends à écrire, à retrouver des attestations, à reconstruire des situations vécues il y a dix ans. Et au bout, une phrase qui semble tout annuler.

Elle n’annule rien. C’est le point de départ de cet article, et ce n’est pas une formule de consolation : depuis la réforme, ce que vous avez obtenu vous est acquis définitivement. Voici ce que le jury a réellement décidé, ce qu’il n’avait pas le droit de juger, et les quatre chemins qui restent ouverts.

Trois décisions, et une confusion à lever d’abord

Un jury de VAE ne peut rendre que trois décisions : la validation totale, qui vous délivre la certification ; la validation partielle, qui vous attribue un ou plusieurs blocs de compétences ; la non-validation, quand le jury estime que les acquis présentés ne correspondent pas au référentiel.

Avant d’aller plus loin, une distinction qui compte : un refus de recevabilité n’a rien à voir avec une décision de jury. La recevabilité est examinée en amont, sur dossier, et porte sur l’adéquation entre votre expérience et la certification visée. Si vous avez été arrêté à ce stade, vous n’avez pas échoué à une VAE : vous n’avez pas encore commencé, et le problème est très souvent un mauvais choix de diplôme. Les remèdes ne sont pas les mêmes.

Dernier repère utile : la validation partielle est, en pratique, la décision la plus fréquente des trois. Elle n’a rien d’exceptionnel, et surtout rien d’infamant.

Ce que vos blocs validés valent désormais : à vie

C’est l’information que la plupart des candidats ignorent, et c’est celle qui change tout.

Pendant longtemps, une validation partielle était assortie d’un compte à rebours : cinq ans pour compléter, faute de quoi tout était à refaire. Cette règle n’existe plus. Les blocs de compétences attribués par un jury sont acquis définitivement.

Autrement dit, vous n’êtes plus en train de courir. Si les circonstances ne s’y prêtent pas cette année — une charge de travail, un enfant, une santé fragile — vous pouvez reprendre dans deux ans, dans quatre ans, sans rien perdre. Ce que vous avez obtenu est un capital, pas une option qui expire.

Ce qu’un jury a le droit d’évaluer — et ce qu’il n’a pas le droit de juger

Je siège en jury VAE sur plusieurs diplômes du secteur social et sanitaire. Je peux donc décrire ce qui se passe de l’autre côté de la table, et poser une limite que peu de candidats connaissent.

Le jury a un mandat étroit, fixé depuis fin 2023 par l’article R6412-7 du Code du travail : vérifier que les acquis dont vous justifiez correspondent aux compétences et connaissances exigées par les référentiels de la certification visée. C’est tout. Il compare ce que vous avez écrit et dit à un référentiel, bloc par bloc.

Ce qu’il n’a pas le droit de prendre en compte est tout aussi précis. Ni l’utilité que le diplôme aurait pour vous. Ni vos motivations personnelles. Ni les conditions d’accès normales à la formation initiale — vous n’avez pas à « mériter » le diplôme par un parcours scolaire. Le tribunal administratif d’Orléans a annulé une décision de jury pour ce motif exact (24 janvier 2023, n° 2101590) : les membres avaient discuté de la valeur ajoutée du diplôme pour la candidate et de ses motivations, deux considérations étrangères à leur mandat.

Le jury n’est donc pas souverain au sens où on l’entend souvent. Il est souverain sur l’appréciation des compétences ; il ne l’est pas sur le périmètre de ce qu’il examine.

Vu du jury : pourquoi les dossiers solides échouent quand même

Les candidats non validés ne sont presque jamais des professionnels incompétents. Ce sont, très majoritairement, de bons professionnels dont le dossier ne permet pas de le démontrer. Cinq causes reviennent, et je les cite dans l’ordre où elles nous arrêtent.

Le dossier décrit le métier, pas l’activité de la personne. « L’éducateur spécialisé accompagne… » — le jury lit une fiche de poste. Il cherche ce que vous avez fait, tel jour, face à telle situation, et ce que vous en avez tiré.

Le « nous » masque le « je ». Dans les métiers d’équipe, écrire au collectif est un réflexe professionnel honorable. En VAE, il rend votre contribution invisible. Le jury ne peut valider que ce qu’il peut vous attribuer personnellement.

Rien ne prouve l’autonomie et la décision. Deux professionnels peuvent décrire la même action ; celui qui montre qu’il a analysé, arbitré, ajusté et assumé une décision valide. L’autre décrit une exécution.

Des blocs entiers du référentiel ne sont pas couverts. C’est la cause numéro un des validations partielles. Le candidat raconte abondamment le cœur de son métier et laisse dans l’ombre un domaine — souvent l’écrit professionnel, le travail avec les familles, ou la dimension institutionnelle et partenariale. Le jury ne peut pas valider ce qui n’est pas documenté.

L’oral défait ce que l’écrit avait construit. L’entretien n’est pas une formalité : c’est le moment où le jury vérifie que vous êtes bien l’auteur de vos pratiques. Un candidat qui récite son dossier sans pouvoir l’approfondir inquiète. Notre article sur la préparation de l’oral devant le jury détaille ce qui se joue à ce moment-là.

Regardez votre décision à la lumière de cette liste. Dans la majorité des cas, le blocage est là — dans la démonstration, pas dans la compétence.

Les quatre voies après une validation partielle

1. Les travaux complémentaires demandés par le jury. C’est la voie la plus rapide et la plus négligée. Le procès-verbal précise souvent ce qui manque, parfois sous forme d’un écrit à produire. Lisez-le mot à mot : c’est une feuille de route rédigée par ceux-là mêmes qui vous évalueront.

2. La formation ciblée sur les blocs manquants. Vous ne repassez pas le diplôme entier : vous suivez le ou les modules correspondant aux blocs non validés. C’est plus court, moins coûteux, et souvent finançable.

3. Une nouvelle expérience, puis un nouveau passage. Si le bloc manquant correspond à une activité que vous n’exercez pas encore, la solution est parfois de l’exercer : demander une mission, un remplacement, une responsabilité supplémentaire. Douze à dix-huit mois bien choisis suffisent en général.

4. Changer de diplôme. La voie qu’on n’ose pas envisager, et qui est pourtant la bonne dans un nombre significatif de cas. Une validation partielle signale parfois que la cible était mal choisie dès le départ : votre expérience est réelle, mais elle correspond à un autre référentiel, à un autre niveau, ou à une autre spécialité. Repartir sur le bon diplôme avec des blocs déjà acquis n’est pas un renoncement, c’est un raccourci.

Quand un recours a du sens — et quand il n’en a pas

Soyons clairs, parce que c’est là qu’on perd du temps et de l’argent.

On ne conteste pas une appréciation. Si le jury a estimé que votre dossier ne démontrait pas telle compétence, sa lecture peut vous paraître injuste, elle relève de son pouvoir d’appréciation. Un recours n’y changera rien.

On conteste une irrégularité. Si le jury a fondé sa décision sur des éléments étrangers à son mandat — vos motivations, l’opportunité du diplôme pour vous, votre parcours scolaire — ou si la procédure a été viciée, alors il y a matière. C’est exactement ce qu’a jugé le tribunal administratif d’Orléans.

La marche à suivre comporte deux temps. D’abord un recours gracieux auprès de l’autorité certificatrice, écrit, argumenté, factuel : vous demandez le réexamen en pointant précisément l’irrégularité. Ensuite seulement, si nécessaire, un recours juridictionnel.

Une distinction s’impose ici. Lorsque le certificateur est public — Éducation nationale, université, ministère —, la décision est un acte administratif : le recours se porte devant le tribunal administratif, dans le délai de droit commun de deux mois. Lorsque le certificateur est privé, la voie n’est pas la même : commencez par le recours interne prévu par son règlement de certification, et faites-vous conseiller avant d’aller plus loin.

Un conseil pratique avant tout cela : demandez la motivation de la décision. Pour les diplômes de l’Éducation nationale, une circulaire du 30 janvier 2019 impose au jury d’expliciter et de motiver sa décision sur le procès-verbal, et le relevé transmis au candidat doit s’accompagner d’explications et de préconisations. Quand le certificateur est public, le procès-verbal vous est par ailleurs communicable. C’est cette pièce qui vous dira si vous êtes dans le premier cas ou dans le second.

Les règles pour se représenter

Quelques repères de calendrier, souvent mal connus :

  • Le certificateur doit vous notifier la décision dans les quinze jours qui suivent le jury.
  • Sur une même certification, vous ne pouvez déposer qu’un seul dossier de recevabilité par année civile. En revanche, après une validation partielle, un nouveau dossier de validation peut être présenté sans repasser par la recevabilité.
  • Vous pouvez en revanche déposer, la même année, des dossiers portant sur des blocs de compétences — ceux-ci ne comptent pas dans la limite.
  • Vous ne pouvez pas viser plus de trois certifications différentes dans l’année.

Rien ne vous oblige à repartir immédiatement. Vos blocs étant acquis à vie, le bon moment est celui où vous aurez ce qui vous manquait — pas le mois prochain par principe.

Ce que change un accompagnement à ce moment précis

Après une validation partielle, la difficulté n’est pas technique : elle est stratégique, et elle est morale.

Stratégique, parce que les quatre voies ci-dessus ne se valent pas dans votre situation, et que choisir la mauvaise coûte une année. Lire le procès-verbal avec quelqu’un qui connaît le référentiel et qui a siégé en jury permet de savoir en une séance si le bloc manquant se comble par un écrit, par une formation, ou par un changement de cible.

Morale, parce que beaucoup de candidats abandonnent à ce stade — non par découragement rationnel, mais parce qu’ils ont lu la décision comme un jugement sur leur valeur professionnelle. Elle ne l’est pas. C’est un constat sur un dossier, à une date donnée.

C’est ce travail que mène Ma Valeur Pro, notre marque dédiée à l’accompagnement VAE, en lien avec Praxis Accompagnement. Le déroulé complet de la démarche figure sur notre page conseil et accompagnement VAE, et le processus dans son ensemble est décrit dans notre guide complet de la VAE.

En présentiel à Saint-Étienne, dans la Loire et la Haute-Loire

Nous recevons uniquement en présentiel, dans nos locaux du centre de Saint-Étienne, 3 place Antonin Moine.

Sur une reprise après validation partielle, ce choix est déterminant. Il faut relire ensemble un procès-verbal, ouvrir le référentiel à côté, revenir sur des situations professionnelles que vous croyiez avoir bien racontées et comprendre pourquoi elles n’ont pas convaincu. Ce travail se fait avec des documents étalés sur une table, pas dans une fenêtre de visioconférence.

Nous accompagnons les candidats de la Loire (42) et de la Haute-Loire (43) : Saint-Étienne et son agglomération, le Forez, la vallée du Gier et l’Ondaine.

En résumé

  • Les blocs validés sont acquis à vie : la règle des cinq ans a disparu, rien n’est perdu et rien ne presse.
  • Un refus de recevabilité n’est pas une décision de jury — le remède est différent, et tient souvent au choix du diplôme.
  • Le jury évalue vos acquis face au référentiel. Il n’a le droit de juger ni vos motivations, ni l’utilité du diplôme pour vous.
  • La cause n° 1 des validations partielles : des blocs du référentiel non documentés, pas un manque de compétence.
  • Quatre voies : travaux complémentaires, formation ciblée, nouvelle expérience, ou changement de diplôme.
  • Un recours ne sert que contre une irrégularité, jamais contre une appréciation. Demandez d’abord la motivation de la décision.

Si vous venez de recevoir une décision et que vous ne savez pas quoi en faire, contactez-nous avec votre procès-verbal. Une lecture à deux suffit le plus souvent à transformer une décision qu’on subit en un plan qu’on choisit.